Samedi 9 mai 2009 6 09 /05 /Mai /2009 11:23

     Je m'appelle Jean Vinbert et je suis marié à ma femme par convention. En effet, n'ayant jamais trouvé l'amour, j'ai choisi une femme plutôt pas mal, avec un Q.I. qui correspond au mien, quoiqu'un peu inférieur pour garder le dessus sur elle n'importe quand. C'est laborieux, je sais, mais je m'y tiens, et je mène ma vie ainsi. Il en est de même pour mon travail. Je n'ai jamais su quoi faire de ma vie, alors j'ai sélectionné les secteurs d'activités qu'on me proposait, complètement par hasard. J'ai atterris dans un secteur professionnel qui s'appelle L'immobilier. Ça n'a rien de très excitant mais je gagne ma vie, afin de nourrir ma femme et moi-même. J’allais mourir ainsi, dans le désespoir et la conviction d’être passé à côté de ma vie. Demain, j’aurais 34 ans, et je suis certain que lorsque j’en aurai 87 rien n’aura changé, si ce n’est que je gagnerai une retraite convenable, que chaque matin j’irai chercher une baguette à pied chez le boulanger, et que je passerai l’après-midi dans un atelier aménagé à bricoler après tout et n’importe quoi. Je me suis toujours ennuyé dans ma vie, elle ne me convient pas.
     Heureusement j’ai un petit divertissement rien qu’à moi. Tous les jeudis, le soir de préférence, je quitte le local dont je ne suis que soumis à l’autorité de mon patron, pour aller retrouver une bande d’amis au BMC. C’est le nom du bar que nous fréquentons. Son nom complet est le « Bar le moins cher ». Il est le café le moins cher de France, il est même passé sur TF1 dans le journal de Pernaut. Nous sommes cinq amis, et nous nous connaissons depuis le collège. Il y a Kevin, Morgan, Alexandre, Mathilde et moi. Kevin travaille dans le bâtiment, Morgan est boulanger, Mathilde est au chômage et est mariée à Alexandre. Ah ! Alexandre. Quel homme que celui-ci. Il a tout réussi dans sa vie. Ayant fait des études de commerce en Angleterre, il est bilingue, et a une excellente place dans la société de produits pharmaceutique la plus cotée en France. C’est grâce à lui que nous avons des produits Anglais dans nos pharmacies, et ainsi, des notices traduites en une flopée de langues. Souvent d’ailleurs, on trouve difficilement la partie traduite en français. Il faut déplier la notice pliée en huit. Quel calvaire ! Mais ça marche, et il touche un salaire avoisinant celui du footballeur Cristiano Ronaldo, en comptant les contrats pub évidement. Tout le monde l’admire, moi le premier. Il est mon modèle que je ne respecte pas. Lui a toujours dirigé sa vie comme il l’entendait, et moi, je me suis soumis à la fortune. Il est mon antithèse, mon double dans un miroir.
     En parlant d’ « anti » nous nous sommes réservé une soirée dans la semaine pour être ensemble, c’est pour ça qu’on n’invite pas nos femmes. Surtout Martine, ma femme. Comme je l’ai dit, je ne l’aime pas, je suis « anti » Martine. Pour Alexandre et Mathilde c’est différent ils sont ensemble depuis le collège, alors que ma femme et moi non. Nous ne sommes mariés que juste depuis quatorze ans. Aille, j’ai mal. Quatorze ans déjà ! Que le temps passe vite. Martine travaille dans un supermarché, elle met en rayon chaque jour plus de trois cent kilos de viande de toutes sortes. Du foie, des tripes, des cœurs, des steaks, des cervelles, des saucisses, des bavettes, des côtes, des langues, des rôtis, des jarrets, des rouelles,… en clair, elle fait un métier passionnant. Elle travaille beaucoup, et n’a que peu de vacances. Heureusement pour moi. Martine a toujours voulu des enfants, moi aussi, mais pas avec elle. Souvent d’ailleurs, on se dispute à ce propos. Pour éviter cet accident et ces disputes, je me rends indisponible. J’essaye de faire un maximum d’heures supplémentaires pour la voir un minimum, je m’arrange pour prendre mes congés en dehors des siens, lui affirmant que je ne peux pas faire autrement, je lui mens en disant que mon patron a besoin de moi, que je suis vital à l’entreprise. Elle me croit. Elle est gentille, et naïve la pauvre. Mais que voulez-vous, je ne suis que victime de mon manque d’amour ! Ce n’est pourtant pas faute de l’avoir cherché ! Mais comme me disent souvent mes amis, plus tu le chercheras, moins tu le trouveras, attends qu’il vienne à toi. J’attends depuis quatorze ans.
  
   (à suivre...)

Par Stephane H
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Dimanche 10 mai 2009 7 10 /05 /Mai /2009 23:27

     Dimanche, vers midi quarante, Martine et moi avions fini de manger et nous avions fini la semaine. Ce soir nous mangerons de nouveau, tout comme demain nous recommencerons une nouvelle semaine longue et ennuyante. La vie est une sorte de boucle qui ne fini pas. En tout cas c’est le cas de ma vie. Un évènement imprévu allait changer ce dimanche monotone que l’on passe devant TF1, à regarder des programmes venus des Etats-Unis. Le téléphone sonnât. J’ai décroché avec véhémence, et j’ai reconnu une voix réconfortante à l’autre bout du combiné. Celle de mon frère Régis.
 « Salut jean ça va ? T’as vu un peu ce soleil ? Etonnant que tu ne sois pas dehors d’ailleurs… ça te dirait de venir faire un tour en vélo avec moi dans le bois ? »
J’ai souri et accepté l’invitation avec empressement. J’allais passer une journée agréable finalement : loin de Martine et de la télévision. Je suis descendu au sous-sol afin de regonfler les pneus de mon vélo qui n’avait pas vu le jour depuis que je n’avais pas revu mon frère, c'est-à-dire un an. Régis vit en Gaspésie, au sud est du Québec avec sa compagne, il a deux enfants, raffole des tacots et se fout du jour de la mort de Kennedy. Il revient en France chaque été, mais cette fois-ci visiblement il a de l’avance. Nous ne sommes que fin mai. Quelle aubaine ! Je vais pouvoir passer moins de temps auprès de mon épouse, et un peu plus avec mon frère. Il m’a conseillé vivement de divorcer à maintes reprises depuis quatorze ans, mais je lui ai dit que le contrat de mariage me permettait de ne pas payer mes impôts.
     Régis avait changé depuis l’an dernier. Il s’est laissé pousser les cheveux, il a l’air plus rustique. Il m’a raconté que chez lui en Gaspésie, il avait découvert des plaines inhabitées où il pouvait faire beaucoup de vélo de descente. Il en est devenu accro. Il faut dire que maintenant qu’il est là-bas il fait ce qu’il veut. C’est ce que j’admire le plus chez lui, cet aspect de liberté, cet capacité à se détacher des contraintes sociales. Il va souvent pêcher dans son étang pour se détendre. Oui, comme bon québécois qui se respecte, Régis a une maison au bord d’un étang privé. L’été précèdent, c’est moi qui suis passé une quinzaine de jours avec Martine chez mon frère. J’ai pu goûter aux joies des longues nuits aux abords de l’eau, allongé sur les caillebotis de la cabane de pêche en pilotis, à attendre le matin, tout en bavardant de l’amour avec Régis. Seul avec lui, on avait refait le monde. J’étais déterminé et sûr de moi. Mais quand au matin Martine venait nous apporter le petit déjeuné, je perdais l’équilibre sur le piédestal sur lequel j’étais, et je lui souriais, me convaincant que ma vie n’étais peut-être pas si mal que ça après tout… Evidement je voulais aimer ma femme, mais j’en étais incapable. J’étais résolu à croire qu’en fait l’amour, c’est bon pour les contes des Frères Grimm.
     La ballade à vélo à commencé par un petit tour du pâté de maison, puis s’est prolongée par le bois qui longeait la ville. Régis savait parfaitement contrôler son vélo. Il faisait des bons sur tous les trottoirs possibles, puis sur toutes les souches ou sur toutes les mottes de terre qu’il croisait. Il m’a dit de le suivre, mais j’avais un mal fou à exécuter sa demande. Il pédalait avec férocité, vivacité et énergie. Derrière lui, je peinais, et ma langue s’asséchait. Plus loin je savais qu’il y aurait un étang où nous pourrions nous désaltérer. La pause à été courte pourtant. Il m’a juste laissé le temps de boire à la gourde. Mais à peine j’eus rebouché celle-ci, qu’il était repartit. Je me suis efforcé de le suivre, nous avons dévalé des pentes dangereuses, rocailleuses, et boueuses. Ça fait beaucoup de noms en « euses » toute cette aventure. Enfin nous avons rejoins la route nationale pour rentrer à la maison. Le long de la route nous avons croisé un radar fixe. Heureusement en vélo il est moins dangereux de se faire prendre qu’en voiture. Mais là un bolide nous à doublé à la vitesse de l’éclair en activant la lumière blanche. C’est évident que maintenant, si on roule vite, avec le nombre de radar qu’il y a, on ne passe pas à côté du flash photo ! C’est comme dans ces jeux vidéos, où tout les quatre cent mètres, il y a un point de contrôle. Bientôt, quand on actionnera les radars à cause de la vitesse, ils nous crieront « checkpoint ! » Où sont les époques où l’on avait le droit de rouler à l’allure de la cylindrée ?
     Nous sommes enfin rentrés à la maison. Régis à accepté de dîner avec nous, ainsi que sa femme Priya, rencontrée lors d’un show américain à Boston. C’est une américaine. Normal avec un tel prénom. Ses enfants bien sûr sont invités aussi. Kevin et Anthony qu’ils s’appellent. Ils sont tout simplement invivables. Le dîné c’est bien déroulé, nous avons fini le dessert, il est déjà minuit moins vingt, et demain c’est lundi. Tout le petit monde est rentré, la maison rangée, Martine et moi couchés. Là, comme elle avait un peu bu, elle s’est jetée sur moi en m’embrassant. J’ai senti mon cœur faire un saut dans ma poitrine, non pas comme lorsqu’on est heureux joyeux et surpris, mais plutôt comme lorsqu’on est dégoûté, triste et malheureux. Je l’ai gentiment remise sur son côté en lui disant de patienter un instant, que j’allais me chercher un verre d’eau. Je savais qu’elle allait s’endormir gentiment en un rien de temps. Fait est dit, à peine revenu de la cuisine qu’elle ronflait comme un pachyderme.
    
     Quand on en arrive là en quatorze ans de mariage, à ne plus vouloir de sa femme, ni de l’entendre ronfler au point de préférer le canapé au lit, on ne peut que s’apitoyer sur son sort, et vouloir enfin une vie meilleure que celle-ci.
       (à suivre...)                

Par Stephane H
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